La Vierge d’Alsace : un ex-voto* géant signé Bourdelle

« Une promesse n'engage que celui qui y croit. » Lorsqu'il s'agit d'une promesse faite à Dieu, la formule prend un sens inattendu.


Pour Joseph Vogt, maire de Niederbruck, petit village alsacien de la vallée de la Doller, co-découvreur du potassium dans la région, propriétaire de trois fonderies et d'une cuivrerie, les affaires sont très florissantes. Mais en 1914, la guerre éclate entre la France et l'Allemagne. L'Alsace et la Lorraine sont non seulement l'enjeu majeur du conflit, mais aussi son principal champ de bataille. Alors les époux Vogt prient. Ils font la promesse solennelle d'ériger une statue en guise d'ex-voto si le village et toute la vallée sont épargnés par les combats. Leur vœu est exaucé.


Dès 1918, Joseph Vogt contacte le plus célèbre sculpteur du moment : Émile-Antoine Bourdelle. Malheureusement, Vogt décède en 1921, sans avoir pu concrétiser son serment. C'est donc son fils, Léon, qui se charge de mener le projet à son terme.


À Paris, Bourdelle se saisit de cette occasion pour concevoir une Vierge à l'enfant inédite. En effet, à la différence de toutes les versions existantes de cet éternel sujet, l'enfant Jésus n'est pas un bébé bercé par les bras de la Vierge Marie, mais un jeune garçon vigoureux et solaire, les bras en croix, que sa mère brandit au-dessus d'elle comme pour éclairer le monde.

 

Présentée au salon d'automne de 1922, La Vierge à l'offrande (c'est son titre orignal) reçoit un accueil enthousiaste. Dans le journal La Vie, Maurice Denis écrit : « Cette Vierge Mère est un chef-d'œuvre de l'art moderne et de l'art religieux de tous les temps. »


De nos jours, on peut admirer l'œuvre de Bourdelle en empruntant un petit sentier de randonnée au départ du village de Niederbruck (il n'y a pas d'accès possible en voiture). Après une quinzaine de minutes de marche, elle apparaît soudain entre les arbres. Dressée sur le promontoire rocheux de l'Eichstein, la sculpture domine la vallée, en parfaite symbiose avec la nature environnante. D'une hauteur de six mètres, elle est taillée dans la pierre grise des carrières de Chauvigny (Vienne). En bas, dans la vallée, au bout du village, l'usine de cuivre lui fait toujours face.


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