Sculpture et danse : Carpeaux réussit l’alliance des contraires

La sculpture et la danse paraissent s'opposer. La première est traditionnellement figée, caractérisée par l'immobilisme des œuvres, alors que la seconde utilise le mouvement sous toutes ses formes. Le sculpteur travaille généralement dans la solitude de son atelier quand le danseur trouve son accomplissement face au public.


Pourtant, des points communs existent.


On peut par exemple remarquer que, pour exprimer sensations et sentiments, la sculpture figurative et la danse utilisent l'une et l'autre le langage du corps. Et que lumière, volume, géométrie et espace sont des ingrédients communs aux deux disciplines.


Nombre de sculpteurs puisèrent leur inspiration dans la danse. Je pense, bien entendu, aux danseuses de d'Edgar Degas ou encore aux célèbres ébauches que Rodin réalisa à la fin de sa vie. Il y eut aussi la passion artistique d'Émile-Antoine Bourdelle pour l'Américaine Isadora Duncan. Cette pionnière de la danse moderne, que l'on surnomma « la danseuse aux pieds nus », lui inspira cette phrase  : « Lorsque la grande Isadora Duncan a dansé devant moi, trente ans de ma vie regardait tous les grands chefs-d'œuvre humains s'animer soudain dans ses plans ordonnés du dedans par tout l'élan de l'âme ».


Mais c'est sans doute Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875), artiste spontané et virtuose, qui réussit le mieux à rapprocher les deux arts. Son œuvre la plus connue, « La Danse », semble s'affranchir des contraintes de l'apesanteur. La composition du groupe, dynamique et virevoltante, où trois femmes encerclent le génie de la danse, créée véritablement l'illusion du mouvement. Lors de sa mise en place sur la façade de l'Opéra en 1867, la nudité des personnages du groupe déclencha un tel scandale que l'architecte Charles Garnier proposa de déplacer la statue. Finalement, c'est au déclenchement de la guerre franco-prussienne de 1870 que la statue de Carpeaux doit d'avoir pu conserver son emplacement. Aujourd'hui, on peut admirer la version originale au musée d'Orsay. La copie qui a pris sa place sur la façade de l'Opéra, a été réalisée par Paul Belmondo en 1964.


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